Paul Ricoeur, une pensée à l'oeuvre

Paul Ricœur (1913-2005) est un des grands philosophes français du vingtième siècle. L'ampleur de sa pensée et l’importance de son œuvre sont reconnues dans le monde entier. Brève introduction biographique et intellectuelle.

 

Paul Ricœur, orphelin de père et mère, découvre la philosophie au lycée de Rennes avec Roland Dalbiez. Licencié en philosophie à 20 ans, il est reçu deuxième à l’agrégation en 1935. Longtemps partisan de la non-violence, il se résoudra tardivement à l’importance des institutions étatiques. C’est à Paris, dans les années 1930, qu’il poursuit son apprentissage philosophique avec Gabriel Marcel. Il découvre alors les écrits de Husserl, travail qu’il poursuivra en traduisant Ideen I au cours de sa captivité en Poméranie de 1940 à 1945. C’est là aussi, à l’été 1942, qu’il se découvre résolument démocrate. Après la guerre il enseigne trois ans au collège cévenol de Chambon-sur-Lignon où il achève sa thèse sur la volonté.

 

En 1948 il est nommé à l’Université de Strasbourg, avant de devenir professeur à la Sorbonne en 1956. Écrivant régulièrement dans la revue Esprit et celle du Christianisme social, il enseigne parallèlement pendant 10 ans à la Faculté protestante du bd Arago. En 1964 il fonde le département de philosophie de l’Université de Nanterre avant d’être élu doyen de la faculté des Lettres pendant les années agitées de la contestation étudiante. Tout en animant un séminaire renommé aux Archives Husserl à Paris, il entre en 1970 au département de philosophie de l’Université de Chicago et partage alors son temps entre les États-Unis et la France. Les années 1980 consacrent le retour de Paul Ricœur au premier plan de la vie intellectuelle française. Alternent alors des œuvres majeures et des recueils de texte où la philosophie dialogue avec le droit, l’histoire ou l’exégèse. Il ne cesse de voyager dans le monde et d’encourager une philosophie en prise avec les questions contemporaines. Jusqu’à sa mort en 2005, le philosophe poursuit une œuvre reconnue internationalement pour son originalité, son engagement moral et politique, et son ampleur exceptionnelle.

 

L’œuvre de Paul Ricœur a commencé après-guerre sous le signe de la Philosophie de la volonté (1950), et de l’éthique sociale (Histoire et vérité, 1964). Son parcours le conduit de la phénoménologie de l’agir à l’herméneutique (De l’interprétation. Essai sur Freud, 1966 ; Le conflit des interprétations, 1969), puis à une poétique du temps et de l'action (La métaphore vive, 1975 ; Temps et Récit, 1983-1985 ; Du texte à l'action, 1986). Soi-même comme un autre (1990) propose une philosophie du sujet parlant et agissant fortement articulée sur la philosophie morale et politique, et prolongée par plusieurs recueils de textes traitant du problème de la justice comme vertu et comme institution (Lectures 1 et Le Juste 1 et 2 entre 1991 et 2001). Il ne cesse cependant de rester en débat avec des sources non philosophiques de la philosophie, notamment les textes bibliques (Penser la Bible, 1998). En 2000, il publie Mémoire, Histoire, Oubli sur la question d’une juste représentation du passé, et en 2004 un Parcours de la reconnaissance qui place celle-ci au cœur du lien social.

 

Ricœur reste pour beaucoup le modèle même de l’intellectuel toujours interpellé par l’événement et essayant d’y répondre simplement en penseur, et non en maître penseur. Passeur exemplaire, il se situe à la croisée de trois grandes traditions philosophiques : la philosophie réflexive française, la philosophie dite continentale européenne et la philosophie analytique anglo-saxonne.